On n’apprend pas à nager au bord de la piscine, il faut se jeter à l’eau. D’abord on boit la tasse et puis l’eau finit par nous porter”. Bernard Armbruster résume ainsi la méthode qu’il utilise pour animer son stage de prise de parole en public. Son objectif est de faire découvrir aux participants le plaisir de parler et d’être regardé par un auditoire. “ Je filme les stagiaires dès leur arrivée mais je ne leur montre pas tout de suite le résultat. Je les filme une nouvelle fois à la fin du stage. En fait, je me sers de la vidéo uniquement pour mettre en valeur les progrès de chaque participant”. Et à chaque fois le miracle se reproduit : en deux jours, la métamorphose des participants est impressionnante.
“ J’ai la preuve, chaque fois, que tout individu peut progresser, même si certains vont plus loin que d’autres”.
Après des études de sciences économiques, Bernard Armbruster travaille quelques années dans le secteur bancaire. C’est là qu’il découvre les rouages de la vie de l’entreprise et du management — une expérience qui lui sera très utile pour la formation professionnelle.
Nous sommes des êtres de parole
Mais, depuis son enfance, il se passionne pour le théâtre. ”Je suis fasciné par le mystère de l’homme debout devant des hommes assis”, avoue-t-il. Un de ses professeurs de 4ème lui donnait souvent des textes à lire en classe. “Vous avez une voix à faire du théâtre”, lui a-t-il dit un jour, et il s’en souvient encore. Ainsi des vocations sont-elles révélées. Puissance du verbe !
Peu à peu se forge en lui cette conviction : nous sommes des êtres de parole. “Nous devons nous exprimer pour ne pas transformer notre vie en jeu de devinette. En tant qu’introverti, j’en sais quelque chose !”. Pour lui, le verbe permet à chaque individu de communiquer ses besoins les plus profonds, ses ressentis les plus intimes. C’est la voie qui conduit à l’authenticité. Bien sûr, cette parole peut être travestie, ou utilisée avec violence, mais même alors, elle est révélatrice de ce que nous sommes.
Pendant ses études économiques, Bernard Armbruster n’a pas oublié le théâtre ; il s’est inscrit au cours Simon qu’il a suivi pendant quelques années en compagnie de futures vedettes, dont Nathalie Baye.
Un révélateur de potentialités
Bientôt il quitte la banque pour entreprendre une carrière de comédien. Pendant près de vingt ans, il pratique ce métier avec passion. “ Je crois que j’ai tout fait : du théâtre classique, du théâtre moderne, du théâtre pour enfants, des tournées en France et à l’étranger. De merveilleux souvenirs. J’ai aussi fait quelques passages à la télévision, de la publicité, j’ai tourné dans quelques films de cinéma”. Il reconnaît que c’est un métier très difficile : “Il procure des sensations extraordinaires, mais aussi des moments de doute profond”.
C’est ce qui le conduit vers l’enseignement théâtral, plus stable. “Pour moi, explique-t-il, il y a trois temps dans la vie : un temps pour apprendre, un temps pour pratiquer et un temps pour transmettre”. C’est en donnant des cours de théâtre qu’il va peu à peu élaborer ses techniques d’apprentissage. De plus en plus, il se perçoit comme un révélateur de potentialités.
Le passage à la formation professionnelle se fait naturellement. Bernard Armbruster devient ainsi consultant-formateur pour la grande distribution, notamment Carrefour. “La pratique du théâtre m’a beaucoup aidé, alors. Pour moi, un stage doit être un événement. Il doit provoquer le même choc émotionnel qu’un spectacle. Pour échapper à la routine et captiver l’auditoire il faut savoir redire les mêmes choses comme si c’était la première fois, exactement comme le fait un comédien”.
Mais pour lui le secret de la formation est dans cette conviction : “On n’enseigne pas ce que l’on sait ; on enseigne ce que l’on est”. Le travail sur soi est le socle de tous les progrès.
C’est le coaching qui va lui permettre, après cette expérience dans la grande distribution, de donner une nouvelle orientation à sa carrière professionnelle et de se positionner résolument comme formateur. Il fait sienne la parole de Gœthe : “ Je ne considère pas une personne pour ce qu’elle est mais pour ce qu’elle peut être”. Pour lui, la première qualité d’un formateur est de déceler le potentiel de l’autre. “Il faut croire en l’autre, se dire qu’il a une marge de progrès” martèle-t-il.
Des lois naturelles incontournables
Cette croyance en l’homme modèle sa vie intérieure. Aujourd’hui, la formation professionnelle occupe l’essentiel de son temps mais il ne délaisse pas pour autant le théâtre. Il prépare un nouveau spectacle dans la continuité de la dernière pièce qu’il a écrite et jouée, un récit de la vie du roi David.
“L’implication spirituelle de personnages exceptionnels comme le roi David m’a amené à prendre conscience que notre efficacité personnelle n’est pas le fruit de notre seule volonté, de notre motivation ou de quelques “recettes” apprises par cœur. Il existe des lois naturelles que l’on ne peut enfreindre sans graves conséquences”. Il cite une de ces lois souvent ignorées : on récolte ce que l’on sème. “C’est une règle implacable, qui a beaucoup de conséquences. Cela veut dire que l’on n’obtient rien de durable du jour au lendemain. On le voit avec le succès éphémère des jeunes artistes de la Star Academy. Pour récolter, il faut semer. Cela peut prendre du temps, mais le moment de la récolte finit toujours par arriver. Attention aussi à ne pas laisser d’autres récolter ce que nous avons semé… et bien sûr à ne pas récolter pour son seul profit ce que d’autres ont semé”.
L’entreprise comme un théâtre
Le stage d’efficacité personnelle qu’il a construit pour l’Institut décrit ainsi ces lois naturelles sans lesquelles il n’existe pas de réussite personnelle. “Beaucoup de gens ne font pas la relation entre leur façon de vivre et les résultats qu’ils obtiennent… ou plutôt qu’ils n’obtiennent pas ! regrette-t-il. Très souvent, ils espèrent que le changement va venir des autres. Mais on ne change pas les autres ! Chaque individu est le pilote de son avion ; personne ne doit se laisser embarquer dans l’avion d’un autre”.
Bernard Armbruster se plaît souvent à comparer l’entreprise à un théâtre. Un théâtre dont le manager serait le metteur en scène. “Pour moi, le rôle du manager est de mettre en lumière les autres. Et pour cela, il doit réussir son casting : la bonne personne à la bonne place ! Le spectacle est réussi quand chacun a bien joué son rôle. A chacun sa vérité ! La vraie vedette, dans une entreprise, c’est l’équipe. Le manager se doit d’aller chercher la part de vérité de chacun, c’est-à-dire aider chacun à révéler ses capacités”.